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14.10.2006

Qui sommes-nous ?

 

cancrecancrebis

 

Faut-il être triste pour être Poète ?

 

Sur la pelouse devant les fenêtres, deux écureuils jouaient à se courir après. Le soleil d’octobre illuminait les arbres d’un éclat tout particulier. La lumière rasante allongeait les ombres et le parc, pourtant soigneusement entretenu pendant tout l’été, se couvrait lentement de son manteau d’automne. Les premières feuilles étaient tombées, et les allées de graviers clairs étaient toute tachetées. De loin, on eut dit la robe d’un dalmatien. Elles étaient... « dalmacinées » ; oui, c’est ça : dalmacinées !

Le menton posé sur la paume de sa main, Djibi sourit à l’idée d’avoir inventé un mot nouveau.

 

- Monsieur Diak ?

  Vous avez entendu Monsieur Diak ?

  MONSIEUR DIAK !!!

 

Quittant ses pensées, Djibi tourna la tête vers son professeur.

 

- Oui ?

- Redescendez de votre cocotier je vous prie, et revenez parmi nous !

- Nuage.

- Quoi « nuage » ?

- Habituellement, lorsque vous faites ce genre de remarque à l’un de mes camarades, vous dites « nuage » : redescendez de votre « nuage ».

- Me soupçonnez-vous d’être raciste monsieur Diak ?

- Je regardais les écureuils.

- Ça vous change des gnous !

- ...

- Si vous avez terminé, peut-être pourriez-vous prendre note du sujet de la dissertation ?

- ...

- Cecilius a dit : « Lorsqu’il fait son devoir, l’homme peut être un dieu pour l’Homme... »

  Bon travail messieurs.

 

En entrant dans sa petite chambre, Djibi s’installa devant son pupitre, et se repassa mentalement le film de la journée.

 

Faut-il être écorché pour se mettre à penser ?

 

Dieu ? Tu parles !

Foutue couleur de peau !

Connerie d’internat, saleté de Collège...

Il prit une feuille blanche, respira profondément et rédigea d’un seul trait :

 

« Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?

Notre vaisseau vogue-t-il vers le néant ?

...

Face à son destin, l’Homme sera-t-il un jour capable de faire les choix nécessaires à sa survie ?

...

Et vous tous qui m’entourez, qui me saoulez de vos grands principes, qui êtes-vous ?

Etes-vous de ceux qui se laissent démolir pour un oui, pour un non ?

Ou plutôt, cherchez-vous le positif en chaque chose ?

Et pour peu que vous le trouviez, savez-vous quoi en faire ?

Vous sentez-vous aspirés par la lumière ?

Etes-vous certains d’être vraiment de ma famille ?

Ou peut-être est-ce moi qui m’évite inconsciemment la honte d’être de la vôtre ?

Tombez-vous plus bas que terre à la moindre critique ?

Vous sentez-vous pousser des ailes, devant une phrase forte, une idée vraie, un regard tendre, un espoir fou, ou un sourire sincère ?

 

Oui ! Je l’avoue !

Oui, j’en suis fier !

Je suis parfois ému jusqu’aux larmes par l'écho d'une voix, ou quelques notes de musique qui viennent me caresser les oreilles ; il suffit d’un parfum léger pour réveiller ma joie de vivre.

Pourtant, j’ai parfois des coups de blues énormes...

Et vous ?

Etes-vous conscient du pouvoir qui est le vôtre ?

Celui de transformer une sombre journée en une bonne journée ; une bonne journée en une belle journée ?

Simplement parce qu’un détail, un mot lu ou entendu, un oiseau qui chante, un cri ou une odeur vous rappelle quelque chose ou quelqu’un ; dégageant les nuages de votre ciel gris, éclairant vos visages, et suscitant vos émotions...

Moi oui !

 

Le Bonheur, c’est être conscient de l’importance de chaque seconde partagée. C’est avoir le désir d’assembler toutes ces minuscules secondes pour en faire des heures, des mois, des années...

Pour en faire une vie !

Le Bonheur, c’est d’accepter les autres avec leurs différences.

« L’Homme sera un Dieu pour l’Homme » quand il aura enfin trouvé son salut dans l’Amour et la fraternité.

La richesse, c’est le partage, l’ouverture d’esprit.

Les hommes ne gagneront l’Eternité, qu’après s’être croisés, métissés, multipliés à l’infini, sans aucune restriction ni considération de races, d’origines ou de cultures...

Là, ils s’approcheront enfin de la « lumière divine », celle qui brille au fond de leur âme, et n’est autre que « le meilleur d’eux-mêmes » !

 

Djibi obtint un dix-huit sur vingt, et en énonçant les points, le professeur cru opportun d’ajouter : 

« Un peu d’humanité dans un monde de brutes... Bravo ! »

 

Faut-il avoir la haine pour écrire des choses vraies ?

 

En lui rendant sa feuille, monsieur Picard murmura : 

« Je constate que vous n'êtes pas bon qu’en gymnastique... »

 

 

 

Certificat N°00037316

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